20ème ANNIVERSAIRE

DU CENTRE AL-MOUNA

 
 

 

20ème ANNIVERSAIRE DU CENTRE AL-MOUNA

Discours d’ouverture

Excellence M. le Premier Ministre, chef du gouvernement,

Excellence M. le président de l’Assemblée Nationale,

Leurs Excellences Messieurs les ministres,

Leurs excellences Messieurs les ambassadeurs

Chers invités

L’histoire d’Al-mouna est celle de la graine de sénevé. Un jour, le semeur l’a prise et jetée en terre. Ainsi Al-mouna , a-t-il vu le jour. Petite graine mise en terre il y a 20 ans, la plus petite de toutes les graines sous forme de deux pièces minuscules, deux boutiques de quelques mètres carrés sur l’avenue AL-Nimeyri, avec deux cents livres parsemés sur quelques vieilles étagères de récupération. Toute petite graine ! mais elle fut celle qu’il fallait semer à une époque où tant de jeunes espéraient que poussent l’arbre rassembleur de la culture, le baobab de la sagesse séculaire. !

Cette espérance était puissante, car elle prenait sa source en un vouloir ferme, conjugué à un profond désir. Vouloir d’une église attentive aux besoins des hommes, et désir, parfois exprimé, parfois latent, qu’il fallait savoir identifier et soutenir, chez tant de jeunes et de moins jeunes. Quand le désir rencontre le vouloir, ils donnent naissance à la vie. Naissance de ce que fut Al-Mouna. C’était le 2 décembre 1986.

Depuis, Al-mouna n’aurait pas pu grandir s’il n’y avait pas eu tant et tant d’amis et de partenaires pour soutenir cette jeune pousse. Ils sont nombreux ces amis. Beaucoup sont présents aujourd’hui parmi nous. Notre Archevêque, ma famille religieuse, mes élèves devenus des collègues et collaborateurs, et tous ceux qui cherchaient à puiser aux sources du savoir et qui venaient nous demander de jeter le filet encore plus au large. C’est grâce à ceux qui ont osé franchir le seuil de ce que fut Al-Mouna et s’aventurer à ouvrir un livre, même lorsqu’ils ne savaient pas encore comment s’y prendre, c’est grâce à ce premier courage et à la ténacité de ceux qui ont voulu continuer que Al-Mouna a pris racines et franchi le stade de l’essai, du sondage, pour atteindre sa taille d’adulte.

Al-Mouna , pourrait-il se dire aujourd’hui Centre Culturel, lieu d’accueil et de rencontres, s’il n’y avait pas tous ceux qui ont œuvré et qui oeuvrent encore afin qu’il remplisse sa vocation socio -culturelle ? Je veux dire tous les collaborateurs qui se dépensent pour que Al-Mouna grandisse. Le personnel présent tous les jours, donnant son temps fidèlement et généreusement, avec le sourire, sans jamais faillir à ses responsabilités. Les membres du CORECA , le comité de réflexion du Centre, qui, au fil des jours, malgré les tâches multiples et les hautes responsabilités publiques de certains de ses membres, se montrent toujours disponibles à exercer leur mission de recherche et d’orientation au service de la culture, avec une attention soutenue aux besoins de la société tchadienne. Le Conseil d’Administration à sa tête M. Marc BEREMADJI , qui, depuis la création de l’Association en 2000 n’a cessé de nous soutenir, de prodiguer ses conseils.

Quant au beau bâtiment qui nous accueille aujourd’hui, il n’aurait pas pu voir le jour sans les efforts de tous ceux qui ont contribué à son édification et à son ameublement et aidé à son fonctionnement. Je remercie ici nos bailleurs de fonds, mes collaborateurs et tous les amis, présents et absents.

Al-Mouna aujourd’hui, c’est le résultat des efforts de tous, bien coordonnés, pour se mettre au service de la société tchadienne. Ce service n’est autre que le développement de la culture, dans un pays où il faut être attentif à tous les éléments qui le constituent : la multiplicité des ethnies et des langues, avec la diversité et la richesse humaine qu’elle implique ; cette multiplicité est une invitation à conjuguer la culture au pluriel. Le défi est passionnant, afin d’assumer tout l’héritage d’une histoire, à la fois riche de ses diversités et lourde de la complexité de ses clivages : peuples, chefferies, royaumes formant un puzzle de traditions plongeant leurs racines dans le terreau africain le plus antique, cultures simultanément tournées vers l’Orient et vers l’Occident, dans un jeu complexe d’attirance et de répulsion. Comment faire que ces apports réciproques se conjuguent dans un dialogue fécondant pour tous et pour chacun ?.

Attentif à cette réalité, Al-Mouna s’est voulu et se veut : le prometteur d’une convergence de toutes ces contradictions. Il s’est donné et se donne comme mission, sans prétention aucune, et par son identité de centre bilingue d’être le trait d’union entre deux histoires, deux cultures : celle tournée vers l’Orient et l’autre vers l’Occident. Le trait d’union entre deux langues qui, tantôt se recherchent et tantôt s’opposent ( je veux dire le français et l’arabe), sans oublier- vaste champ encore inexploré pour nous- la promotion des langues tchadiennes. Promouvoir deux cultures étrangères serait un risque si l’on n’était pas attentif à aller à la source de la tradition africaine pour y découvrir quotidiennement la vraie identité d’un peuple.

C’est ce que le Centre a essayé de faire à travers tout ce qu’il a mis et continue de mettre à la disposition de tous ceux qui le fréquentent. De 200 livres au départ la bibliothèque bilingue, si elle n’est pas déjà trilingue, compte environ 18 000 ouvrages, partagés entre le prêt et la documentation. Avec une base de donnée qui facilite la recherche et la consultation. Environ 600 abonnés profitent chaque année des livres mis à leur disposition.

12 000 sont comptabilisés en moyenne pour les 20 années écoulées

Pour nos cours de langues, car nous dispensons des cours de formation pour l’apprentissage de l’anglais, du français et de l’arabe, depuis 1990. seize promotions ont passé , 4000 étudiants ont appris telle ou telle langue durant les 16 ans. D’arabophones ils arrivent à parler correctement le français, et de francophones à améliorer l’anglais ou l’arabe.

Un atelier de peinture de 97 à 99 a été ouvert et a donné à de jeunes peintres tchadiens un lieu d’expression où, à travers les nuances des couleurs, s’extériorise toute la richesse intérieure de leur sensibilité, comme vous pourrez le constater dans une exposition de leurs œuvres tout à l’heure. Les loisirs ne sont pas le parent pauvre du Centre ! Les jeunes viennent ici joindre l’utile à l’agréable en consacrant leur temps aux divers jeux éducatifs, tout en apprenant la convivialité, l’esprit de saine compétition, la joie de la victoire et l’honneur de perdre dignement.. Malheureusement ces loisirs ont été interrompus faute d’espace..

Peut-on enfin à N’djaména parler de conférences, de tables- rondes, de colloques sans mentionner ceux d’Al-Mouna proposés à ses fidèles ? Sujets parfois épineux, tels que la langue arabe au Tchad , le colloque « conflit Nord-Sud » mythe ou réalité ? « Le contentieux linguistique arabe français au Tchad », « la jeunesse Tchadienne face à son avenir », les enfants de la rue, un documentaire réalisé avec télé Tchad, la série de conférences sur : « Quel laïcité pour un Tchad pluriel », « le bilan de 35 ans de lutte armée, bilan du FROLINAT » plusieurs colloques dont celui sur : « la démocratie et son adéquation avec les valeurs traditionnelles » et le dernier tenu en 2006 : « faire mémoire de la guerre civile 79 – 80 » qui a pris deux années de préparation et d’interviews auprès des acteurs de la guerre. Si j’énumère tous ces colloques et conférences, c’est qu’ils ont donné naissance à des publications qui aideront et aident encore à la réflexion .

Al-Mouna est fier d’avoir sa propre maison d’édition. Plusieurs ouvrages sont déjà à son effectif, fruits de ses recherches et celle de ses collaborateurs mais aussi de la recherche et de la réflexion de jeunes écrivains tchadiens.

Al-Mouna publie également deux périodiques bimestriels : CARREFOUR, revue culturelle, connu auprès de beaucoup de tchadiens, nous fêterons bientôt son 7ème anniversaire et le dernier né : « Les Cahiers d’histoire» dont l’objectif premier est d’aller à la découverte du Tchad et de son histoire. D’éminents historiens, professeurs à l’université de N’djaména comme d’autres chercheurs, contribuent à sa publication.

Pour les conférences, les colloques, les publications, Al-Mouna veut être un lieu où dans la recherche et le débat ouvert, se rassemblent tous les frères tchadiens pour bâtir ensemble une société enrichie de ses diversités culturelles.

Voilà, en quelques mots, le bilan de ces vingt années de travail, où le Centre Al-Mouna a essayé d’être fidèle à sa vocation socio-culturelle au service des tchadiens. Même si le bilan est positif, la route est encore longue, et vaste est le champ des actions à entreprendre. Al-mouna , mot arabe, signifie désirs , aspirations, souhaits. Ce déferlement de désirs n’a pas de limites. Et c’est pour la promotion de la culture et du dialogue dans la rencontre, que vous nous permettez, sans prétention, de laisser libre cours à notre ambition, ambition qui nous permet de rêver et d’oser.

N’DJAMENA 15 déc. 2006

Nadia KARAKI sscc.